Semaine 11 – Riga 1ère fois

Oui, ça fait expédition militaire mais les Suédois mentionnent souvent le numéro de la semaine en parlant de dates et de rendez-vous. J’ai donc coché l’option dans mon calendrier Outlook.

Donc cette semaine commence par dégel, dégelée, débâcle, décongélation, dégèlement, liquéfaction, piscines aux carrefours et le long des routes mal entretenues… Bref, ça fond à fond avec une température juste au-dessus de zéro et une pluie battante qui avale tout.

À Stockholm, il ne reste déjà plus que le gravier sur les trottoirs et parfois l’une ou l’autre plaque de verglas résistant à la météo mais dans notre banlieue boréale (boréale, enfin, j’exagère un peu) c’est différent, c’est devenu du splish-splash qui rentre dans les chaussettes et dans lesquelles les chaussures laissent une belle marque.

Pourtant, je sens bien que l’hiver est loin d ‘être fini et que nous allons vivre des phases encore inconnues à ce jour de l’hiver suédois. L’hiver prochain nous serons blasés...

Et paf, la nuit passée, le gel est de retour, figeant les routes et les trottoirs dans des profonds sillons aux arêtes cassantes. Casse-gueule premier choix malgré les bottes adéquates. Je marche vers la gare avec mille précautions. À la veille de notre départ à Riga, ce n’est pas le moment de récolter un plâtre.

Un chasse-neige passe dans la rue et déverse le petit gravier habituel mais dans pareille situation il file se cacher dans les sillons glacés et n’est d’aucune utilité. Si ce n’est pour rayer les parquets quand on n’enlève pas ses chaussures en entrant dans un logement. Même habitude qu’en Tchéquie. Logique.

Mes navettes quotidiennes vers la chancellerie me font arriver à la Gare centrale de Stockholm. D'habitude j'évite le méga giga grand hall central car bourré de monde, de touristes avec valises qui encombrent et d'indécis qui s'arrêtent pile au milieu d'un "axe"... Mais ce mardi j'y passe quand même pour aller chercher mon magazine francophone préféré. Et paf, je vois le premier ministre, Stefan Löfven en train de répondre "live" à un journaliste du Dagens Nyheter, le tout avec la foule des navetteurs tout autour, en train de photographier et d'enregistrer. C'est bientôt les élections en Suède et la campagne électorale a commencé. Cette transparence totale, c'est bien suédois. J'attends toujours de voir un de "nos" premiers se prêter à ce genre d'exercice. A propos de transparence, ici tout est public via le fameux "Personnummer" : le salaire de chacun, le nombre de voitures, les biens mobiliers et immobiliers, les immeubles et leur valeur, la situation familiale.... Bref, chacun peut tout savoir sur son voisin ou les ministres.

Notre séjour à Riga s’est bien passé même s’il faisait hyper-froid. Même température qu’à Stockholm mais humidité et vent différents si bien que l’effet ressenti était assez glaçant, surtout pour les extrémités.

Après mes rendez-vous professionnels dont un dîner à la résidence de France en l’honneur de l’académicien belge Jacques De Decker, un mini-discours pour introduire ledit Jacques De Decker avant un événement musico-littéraire lui consacré dans le cadre de la semaine de la Francophonie et les rencontres avec mes homologues lettons, nous avons enfilé nos tenues de touriste pour visiter la ville, enfin, son hyper-centre/cœur historique.

La vieille ville est sympa mais quand on a parcouru Prague de fond en comble, Riga est plus modeste et garde moins de précieux souvenirs du passé. Mes collègues lettons m’avaient dit de laisser tomber la vieille ville pour aller sur la côte, de toute beauté, avec la «mer» (le Golfe de Riga), les plages de sable fin et juste après les forêts. Très nature donc. Pas de digues ni de laides constructions sur les digues…

La côte ce sera pour une autre fois car nous avons quand même opté pour les incontournables de la ville. Et parmi ceux-ci, les bâtiments Art Nouveau, simplement bluffant ! Si vous y allez, ne vous contentez pas de l’habituelle rue Elizabetha mais parcourez aussi la rue Alberta. Le seul musée dans lequel nous sommes entrés était le Musée Art Nouveau qui est en fait un appartement « Belle époque » totalement reconstitué (dans un building Art Nouveau) avec des objets d’époque authentiques, depuis les couverts à table jusqu’aux couvre-lits, papier peint, vêtements en passant par les ustensiles de cuisine ou le… WC avec chasse d’eau. À côté de ce beau WC il y avait encore un pot de chambre, sans doute pour celui qui avait la flemme de se lever au milieu de la nuit… Les gardiens de musée, qui étaient toutes des gardiennes, étaient également habillée comme à l’époque Art Nouveau, y compris de vaporeux chapeaux. Un musée plein de charme.

Les immeubles Art Nouveau, on vous les jette dans les yeux, des plus riches et plus ornés au plus modestes mais toujours avec une petite touche Art Nouveau, dans la discrétion et le budget moins généreux sans doute. Cette concentration doit sûrement être unique au monde.

De là nous sommes partis dans la vieille ville, son vieux château, ses quelques églises, ses cathédrales (oui au pluriel) et ses maisons anciennes en colombage. De ruelle tortueuse en ruelle tordeuse de pieds pour cause de pavés, nous avons fait le tour de la vieille ville avec sa porte dite suédoise (raccourci pour mener le bétail à paître en dehors de la ville fortifiée) et surtout son petit café «  96% Dark » qui met à l’honneur le chocolat belge avec pralines et surtout avec un vrai chocolat chaud à base de … chocolat et de lait et non à base d’eau et de poudre de perlimpinpin.

Nous nous sommes également offert un excellent restaurant : Biblioteka. Pas d’étoile au Michelin mais le méritant certainement, si ce n’est la présence de mafieux russes dans la salle. Les Russes sont largement présents en Lettonie et les Lettons craignent par-dessus tout de se faire envahir comme le furent la Géorgie ou la Crimée. Les Russes sont très très présents : tous les chauffeurs de taxi sont russes et certains portent l’étiquette mafia sur leur front, certains magasins n’affichent qu’en russe et certains restaurants n’affichent le menu qu’en russe aussi.

Ayant lu que les Lettons sont très fiers de leur miel, que le pot de miel à la maison venait de se vider et qu’un magasin consacré au miel se trouvait dans la même rue que l’hôtel, nous allons y faire un petit tour. Alors là le choc, car c'est un magasin pour les apiculteurs avec tenues adéquates, matériel divers et varié, ruches en bois et rayonnages à miel. Sans oublier des dizaines de miels différents avec provenance affichée et identification de l'apiculteur. Nous sortons avec un pot de miel bio et un mélange miel + fruits secs, à la grecque donc, pour agrémenter le yaourt du même nom. La vendeuse avait l’air russe, maussade et revêche. Bingo. Elle parle surtout russe, tire encore plus la tête quand elle doit parler letton. Comprenant que nous sommes de foutus étrangers, elle baragouine le prix total en anglais. Je lui lance un grand merci en russe et Jeff lui lance itou un au revoir en russe aussi. Et là, le sourire s'étale et s'élargit...

Mon impression générale est que les Lettons sont moroses, découragés, très pauvres (le pays le plus pauvre de l'Union européenne en fait) et que les dégâts de l'occupation soviétique sont encore loin d'être réparés. Assez différents des Tchèques donc mais la situation n'était pas la même dans les deux pays. La Lettonie était partie intégrante de l'Union soviétique alors que certains pays, comme la Tchéquie, était des pays à part entière sous domination et contrôle soviétique. Tentative d'explication...

Ceci dit, l'hiver est sans doute le plus mauvais moment pour visiter une ville. Et au printemps Riga doit être sûrement plus souriante avec son canal qui serpente en ville (sur les anciens chemins de ronde des fortifications médiévales), sa cathédrale orthodoxe dont l'or des toits doit briller de mille feux et ses parcs qui montrent autre chose que de l'herbe brune et des tas de neige sale de pollution congelée.

Notre prochaine visite officielle sera le 16 novembre pour y fêter le 15 novembre. Il faut organiser la Fête du Roi dans les différentes villes de la juridiction que ce soit Riga ou encore Malmö et Göteborg, là où la Belgique n'a "que" un consulat honoraire.

Quelques photos du premier ministre dans la gare et de notre visite à Riga sur Google drive :


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